Sud Kivu: L'accès des femmes aux ressources économiques , plusieurs défis sont à relever

Bulletin Femme au Fone 8, deuxième édition 2017

 

Shabunda : Les travaux champêtres une affaire des femmes

Malgré une surcharge dans les travaux ménagers, les femmes du territoire de Shabunda, travaillent dur pour couvrir toute la saison culturale, afin de subvenir aux besoins de subsistance de leurs familles sans attendre le soutien de leurs maris.

L'agriculture est l'une des activités pourvoyeuses de revenus pour les femmes paysannes du territoire de shabunda. Enclavé depuis plusieurs années, ce territoire reste inaccessible par voie routières, ce qui freine le développement économique des habitants particulièrement des femmes.

Ces dernières sont obligées de marcher à pieds pendant plusieurs jours pour atteindre Bukavu faisant face à l'insécurité sur cette route à cause des groupes armés qui y ont élu domicile.

Pour vendre et écouler leurs produits champêtres vers d'autres villes à savoir Bukavu Goma et Kisangani, certains vendeurs se déplacent par avion, unique moyen de transport favorable, pour écouler leurs marchandises. Un moyen de transport dont le coût s'élève à 250 dollars américains.

« Mon champ se situe à plus de Cinq kilomètres de ma résidence. Chaque jour, je fais un aller - retour. Aujourd'hui j'ai mal au dos car obliger de cultiver et de transporter seule les récoltes. Je suis mariée depuis 16 ans maintenant et j'avoue que mon mari ne m'a jamais aidé que ce soit la période de semis comme de récolte »témoigne Mme Aimé BUKABA, habitant de Shabunda centre.

Avant de poursuivre « si mon mari me donnait un coup de main je me sentirais moins mal et les travaux champêtres évolueraient bien .Un travail fait par deux personnes ne peut pas être égal à celui réalisé par une seule personne. L'union fait la force dit –on »

Misérables malgré leurs efforts

Les travaux champêtres sont jusqu'à preuve du contraire, la principale source des revenus des familles paysannes à Shabunda. Les femmes cultivatrices ,vivent dans une misère malgré leur volonté et leur courage dans la recherche du pain quotidien de leurs familles.

A cause de son enclavement ,certains produits de première nécessité sont importés dans d'autres villes et provinces comme : le savon, les haricots, le sel, les oignons, la farine de maïs, l'huile végétale et certaines légumes. Ces produits sont vendus à un prix exorbitant .A ce jour tous les habitants ne savent pas se procurer ces produits. Des vendeuses rencontrées sur place indiquent qu'une mesure de haricot par exemple coute entre de 2500 FC et 3000 Franc congolais. Une quantité insuffisante pour une famille qui compte plus de 5 personnes et qui doit manger un repas équilibré et diversifié chaque jour.

« Lors de la récolte, je vends une partie et garde une autre. Cependant tout ce que je gagne après la vente s'envole car, je dois encore tout dépenser pour nourrir, vêtir, faire soigner mes enfants, mais aussi leur payer les frais scolaires. Mon mari, quand il a de l'argent, il fait comme si nos enfants et moi n'existons pas. Il passe ses journées à prendre de la bière et ne rentre à la maison que quand il n'a plus un seul sou dans la poche. cela nous appauvrit davantage», se plaint Madame Irène Wabiwa, femme paysanne de Shabunda.

Des maris insouciants aux charges des ménages

Les hommes du territoire de Shabunda font le commerce et s'adonnent à l'exploitation minière car ce sont là, des activités qui génèrent plus d'argent et trouvent fatiguant les activités champêtres.

« Ils gagnent régulièrement de l'argent, mais qui ne profite ni à leurs épouses ni à leurs enfants. Ils gaspillent tout leur argent dans la consommation de la bière. Tout cet argent est dépensé pour leurs activités économiques, pour leurs intérêts égoïstes et dans la bière et abandonnent toutes les autres dépenses familiales à leurs femmes »,déclare Darcy Tubibu enseignant à l'Institut supérieur de développement Rural ISDR Shabunda.

« Lorsque la femme devient incapable de me nourrir ainsi que mes enfants, elle ne vaut plus rien. Pour l'avoir, j'ai dû remettre une grande somme d'argent à son père en guise de la dot. En retour, elle doit s'occuper de moi et de mes enfants », se vante, monsieur Christophe MUSIWA, dans un débit de boisson. En fait, il n'est pas le seul homme à penser comme ça parmi plusieurs qui vivent dans ce territoire.

Interrogé par FAF, les hommes ajoutent que lorsque la femme devient incapable de trouver de l'argent pour prendre en charge sa famille, elle doit être remplacée par une autre femme jugée encore plus jeune et capable de générer de l'argent.

Shabunda est le plus vaste de tous les territoires que compte la province du sud Kivu. Il est Situé à 340km à l'ouest de la ville de Bukavu avec une superficie de 25 216 Km2, il regorge plus de 700 mille habitants.

Marlaine Zawadi

Walungu : Les femmes demandent la transparence dans la gestion des biens du foyer

En territoire de Walungu, à environ 50 kilomètres de Bukavu, l'essentiel des travaux champêtres revient aux femmes. Elles font le défrichage, le labour, la récolte, le séchage et le stockage jusqu'à la vente vers les marchés locaux. Après la vente, la gestion de l'argent des produits champêtres est faite par des hommes et parfois sans associer leurs épouses. Les femmes membres du groupe Femme au Fone axe Walungu qualifient cette situation de violence économique au sein du foyer.

En famille, ils décident de tout

Certains hommes dans ce territoire s'autorisent de vendre des champs familiaux sans informer leurs épouses, d'autres vendent des bétails et d'autres encore travaillent mais ne donnent pas l'argent de la ration alimentaire à leur femmes.

Les revenus des familles dans cette partie du Sud-Kivu sont issus en grande partie de l'exploitation de la terre, l'agriculture familiale, l'élevage des petits bétails et volailles ainsi que l'exploitation artisanale dans les carrières minières.

Les femmes rencontrées par la rédaction Femme au Fone expliquent que ne pas les associer dans la gestion des biens du ménage freinent leurs épanouissement économique .« Lorsque la femme ne participe pas à la gestion des biens du ménage, c'est triste parce qu'elle vit dans l'angoisse. J'ai rencontré une femme qui commence à cultiver pour les autres car son mari à vendu le champ de la famille à son insu parce qu'il avait des dettes à payer ; des dettes que la femme ignore. Elle vit avec des blessures intérieures à cause de ce problème. Elle n'aime pas en parler pour l'honneur de son mari » témoigne Edith Kokere, vice-présidente de la société civile sous noyau de Walungu.

Selon elle, la non-participation des femmes à la gestion financière du ménage s'observe car il y a des hommes qui ne croient qu'aux coutumes rétrogrades. Des coutumes qui stipulent que la femme ne peut rien dire ni proposer si le mari a décidé sur la gestion des revenus financiers de la famille. Ces traditions font à ce qu'ils se considèrent comme des chefs suprêmes qui n'ont pas besoin du conseil ni de l'avis de leurs épouses.

Sur la route du Changement

Demander l'avis de la femme avant toute action financière au sein de la famille est indispensable pour une bonne gestion et la transparence au sein du foyer estime Augustin Basimane membre de radio Club Cikamba à Walungu.

« Nous voulons que les hommes de Walungu comprennent que l'apport de la femme est nécessaire pour le développement de la famille, il y a ceux qui ont déjà changé leurs comportement après des sensibilisations, l'harmonie règne dans leurs foyers. » ajoute Augustin Basimane.

Mélanie Ruhamya institutrice à l'école primaire Muleke à Mubumbano indique au cours de l'émission Femme au Fone à la radio Mulangane de Walungu que « dans une famille où il y a le dialogue, l'homme est appelé à écouter les préoccupations de sa femme et ses propositions. En majorité les femmes sont des bonnes gestionnaires, elles ne gaspillent pas l'argent de la famille pour des futilités». Elle appelle tous les hommes à la prise de conscience et à associer leurs femmes dans la gestion des biens du foyer »

Pour palier à ce problème, des sensibilisations sont faites par le projet Femme au Fone à travers les émissions radio, les spots éducatifs et les formations sur le genre et les droits des femmes. D'autres organisations œuvrant dans la thématique des droits humains et droits des femmes mènent d'autres séances de sensibilisation pour un changement significatif au sein de la communauté à Walungu.

Eliane POLEPOLE

Femme au Fone : l'ivresse du mari, source d'insécurité pour la femme au foyer

La prise excessive de l'alcool qui conduit à l'ivresse régulière reste l'un des facteurs favorisant les violences domestiques à l'égard de la femme au Sud Kivu.

Des maris qui s'adonnent à la prise exagérée des boissons alcoolisées, une fois à la maison, menacent, insultent, frappent leurs femmes et très souvent en présence des enfants.

Ces inquiétudes ont été relevées au cours d'une émission organisée par Femme au fone sur l'ivresse comme une des sources d'insécurité chez la femme au foyer.

Les intervenants dans cette émission soulignent que l'ivresse du mari occasionne des mésententes dans le foyer et constitue un frein pour l'éducation des enfants et une source d'insécurité économique pour la famille.

Femme au fone dans sa première phase avait produit deux rapports sur la sécurité de la femme au Sud Kivu. Dans ces deux rapports, les violences domestiques ont pris une place considérable et parmi les causes signalées il y a la question de l'ivresse exagérée de certains maris.

Les conclusions d'une étude menée par la Commission Diocésaine Justice et Paix CDJP dans 5 paroisses de l'archidiocèse de Bukavu révèlent que sur les personnes enquêtées, 60% des femmes approchées indiquent que les violences qu'elles vivent au sein du foyer sont souvent occasionnées par l'ivresse de leurs maris.

Selon la CDJP, ces femmes ont indiqué que cette situation détruit l'harmonie de leurs foyers et l'estime de la femme dans la société car se sont des bagarres et des injures qui se suivent une fois le mari est ivre.

Les boissons fortement alcoolisées à la portée de toutes les bourses

Suivant les contenus des SMS reçus au système FAF, les maris qui vivent ce calvaire de l'ivresse sont souvent ceux là qui prennent des boissons fortement alcoolisées et n'arrivent pas à se contrôler.

Dans les différents territoires de la province du sud Kivu, les femmes et hommes qui correspondent avec Femme au fone à travers les SMS, précisent que les bières modernes de l'usine Bralima[1] et autres coutent chers par rapport au coût de vie de la population rurale.

C'est ainsi que les hommes recourent à des boissons fabriquées localement à base d'ananas, bananes, riz, canne à sucre, maïs, sorgho, palme,...car ces boissons sont accessibles à moins cher. Une bouteille de 0,5 litre coute entre 100 francs et 200 francs congolais.

Selon toujours nos sources, il y a certains maris qui arrivent même à vendre les biens de la maison pour trouver de l'argent à payer ces boissons fortement alcoolisées.

Des conséquences en résultent

Le système FAF a réceptionné plus de cinquante messages des personnes qui ont réagi sur cette thématique et qui ont évoqué plusieurs conséquences qui se produisent lorsque le mari vit dans l'état permanent d'ivresse.

Economiquement, les maris laissent trop de charges de la famille à la femme qui s'occupe du champ, de vendre les produits champêtres, d'éduquer les enfants, chercher à manger, payer les frais scolaires des enfants, ... la misère de la famille s'accentue car le mari en s'enivrant tous les jours dilapide l'argent de la famille.

Et psychologiquement, la femme vit dans un stress permanent avec des blessures intérieures et par la suite développe des maladies.

Dans la vie du couple, l'amour, le respect, l'affection et le désir de l'autre s'effacent petit à petit jusqu'à ce que le mariage perde même son vrai sens.

Francis KASIMU formateur à l'organisation non gouvernementale Living Peace indique qu'en écoutant certains hommes alcooliques, ces derniers disent qu'ils se réfugient dans l'alcool pour plusieurs raisons. C'est notamment le chômage, les déceptions de la vie et d'autres problèmes familiaux.

Selon lui, une fois on se retrouve dans cette situation il est difficile de reculer si l'on ne passe pas par des séances de désintoxication ou voir des psychothérapeutes car c'est le moral qui est détruit.

« La femme doit y aller par des conseils en montrant à son mari les dangers qui les guettent dans l'avenir juste au début quand le mari commence à boire sans se contrôler. L'homme et la femme doivent se soutenir et si la femme néglige cet aspect, plus tard elle va faire face une situation qui a dégénérée et c'est elle et ses enfants qui en sortiront des victimes » explique Yvette MUSHIGO membre de la rédaction Femme au fone.

« Un mari qui aime sa famille la fait passer en premier lieu et laisse ses intérêt égoïstes derrières car un mari peut boire d'une manière modérée parce qu'on ne peut pas dire que tous les maris qui boivent sont irresponsables, mais quand celui-ci commence à poser des actes irresponsables et détruit sa famille, là ca devient grave et donc un homme doit tout faire pour garder l'harmonie dans son foyer » indique pour sa part le conseiller des couples Emile BATUMIKE au cours de l'émission FAF.

La prise excessive de l'alcool non seulement met la femme dans une insécurité mais aussi détruit la vie de l'homme sur le plan social et sanitaire, d'où la nécessité de se protéger, de protéger sa famille et préserver son estime.

Raissa KASONGO

Sud Kivu: L'instabilité du taux de change, le panier de la ménagère en danger !

L'instabilité du taux de change continue à inquiéter les habitants du Sud Kivu. Le franc congolais perd de plus en plus de la valeur. Un dollars qui se changeait à 900 FC, 1000 FC il y a quelques mois est passé à certains endroits à 1500 et à d'autres endroits à 1550 FC voire 1600 FC. Des femmes petites commerçantes et vendeuses ne savent plus nourrir leurs enfants, elles sont plus affectées par ce problème. Des messages reçus au système Femme au Fone en provenance de 6 territoires du Sud-Kivu en témoignent. La société civile appelle le ministère national de l'économie et finances à résoudre ce problème qui touche toutes les couches de la population.

«Aujourd'hui, j'achète une mesure de haricot à 2200 Franc Congolais FC alors que je l'achetais à 1200 fc, 1kg de farine de manioc je l'achète à 1200fc alors que c'était 600fc il y a 5 mois. Cette situation me dépasse, je ne sais plus nourrir mes enfants comme avant, je suis troublée, je ne sais plus quoi faire! » se lamente Victorine Furaha, une femme vendeuse au marché de Nyawera à Bukavu en province du Sud-Kivu à l'est de la République Démocratique du Congo.

Les lamentations comme celles de Victorine sont légions ces derniers temps en province, les denrées alimentaires de première nécessité ont haussé de prix depuis le début de cette année suite à la dépréciation de la monnaie nationale le FC face au dollar américain, occasionné par l'instabilité du taux change. Une situation qui met en danger nombreuses familles qui vivent «au taux du jour », surtout des femmes vendeuses et petites commerçantes qui ont des capitaux de moins de 50 000fc.

Les causes de la dépréciation monétaire

Selon l'expert économiste Defo Balibuno Linda les raisons de cette dépréciation monétaire sont notamment la non production de l'Etat et l'instabilité politique entrainant le désordre économique qui règne dans le pays. « Je pense que ceci est le résultat d'un Etat désorganisé, nous sommes dans un pays qui ne produit pas, nous dépendons totalement des produits qui viennent de l'extérieur, il y a baisse de prix des matières premières sur le marché mondial, alors notre monnaie n'a plus de valeur» fait savoir cet expert en économie financière.

Le contexte actuel politique laisse à désirer, nous ne savons pas nous sommes gérés par quel genre de gouvernement. Les femmes souffrent énormément de cette situation, une femme qui a un capital de 10 000 FC comment va-t- elle se comporter sur le marché ? S'interroge Marie Migani, présidente adjointe de la composante Femme à la société civile du Sud-Kivu.

A en croire, le doyen de la faculté de l'économie de l'Université Catholique de Bukavu UCB, le professeur Christian Kamala, la question de taux de change intéresse tout le monde parce que depuis des années l'économie congolaise est « dollarisée ». C'est-à-dire qu'en plus de la monnaie nationale, il y a d'autres devises qui circulent dans l'économie notamment le dollar américain. Il indique que la dollarisation c'est un processus autour duquel la monnaie nationale perd sa valeur et adopte une monnaie étrangère comme monnaie principale. Cela par manque de confiance en la monnaie nationale, aussi la peur de perdre la valeur de ses avoirs si cela se conserve dans une monnaie nationale en perpétuelle dépréciation.

Lorsque la monnaie perd sa valeur il y a une hausse exagérée du niveau général des prix des biens de premières nécessité sur le marché, lorsque ce prix augmente de manière systématique il y a ce qu'on appelle l'inflation ajoute professeur Christian Kamala. Et c'est parce le pays est dans une économie dollarisée que la notion de l'inflation renvoie directement à la question du taux de change.

Conséquences sur le panier de la ménagère

La situation de taux de change touche toute l'étendue de la république, il affecte plus les familles à faible revenu et surtout des femmes qui font des petites activités pour la survie de leurs familles. Dans plusieurs familles, joindre les deux bouts du mois, pour nourrir les enfants est un sérieux problème. Trouver une mesure de manioc et de haricot pour des femmes transporteuses, vendeuses, enseignantes, infirmières et autres devient un véritable casse tête , car les denrées alimentaires de base ont haussé le prix. « Dans certaines familles, avoir deux repas par jour est un luxe, les enfants et autres membres de la famille se contentent d'un repas trouvé le soir, encore faut il que ce repas soit consistant ou riche en vitamines, une femme de 6 enfants va au marché avec 9.000 FC par exemple ; elle ne sait pas satisfaire aux besoins de la famille» regrette Marie Migani.

L'économie de la RDC repose à plus de 60% entre les mains des femmes .Ce sont celles qui cultivent les champs et font le petit commerce. Cette économie est dominée par le secteur informel tenu en grande partie par des femmes.

Nounou Salufa responsable de l'Association pour l'entrepreneuriat Féminin APEF souligne que l'instabilité du taux de change inquiète les femmes qui exercent le petit commerce. « La femme petite commerçante est obligée de vendre ses articles à un prix dérisoire. Cela ne lui permet pas d'avoir des bénéfices, au contraire elle travaille à perte suite à la différence du taux de change, cela ne fait qu'accentuer la pauvreté. Et puis Chacun fixe son taux de change comme il veut sans être inquiété. Que le ministère ayant en charge l'économie nous aide à fixer un seul taux qui est identique. Cette situation nous fait souffrir» déplore madame Nounou Salufa qui s'occupe aussi de l'encadrement de femmes petites commerçantes au Sud-Kivu.

Dans cette province, les femmes qui font le petit commerce et celles vendeuses, la plus part d'entre elles ont un niveau d'étude faible. La majorité n'est pas arrivée en terminale à l'école secondaire c'est-à-dire elles n'ont pas un diplôme d'Etat, d'autres n'ont pas étudiées. Par conséquent, elles ne savent pas faire la comptabilité, elles sont en difficulté de fixer le prix suite aux taux de change .

La situation est décriée par toutes ces femmes petites commerçantes qui font leurs activités en francs congolais, le matin elles achètent à un taux au soir arrivées au marché, c'est un autre taux qui se remarque, elles sont en difficulté de progresser.

Des recommandations pour un changement

Seul l'Etat est en mesure de sortir le pays dans cette situation de crise économique qui affecte plus particulièrement les femmes fait savoir l'expert économiste Defo Balibuno. Selon lui, la monnaie c'est une affaire de l'Etat et c'est l'Etat qui a l'obligation de lui donner de la valeur.

« Je demande à tous les congolais de respecter et de faire respecter la monnaie du pays, les opérateurs économiques doivent aussi être consciencieux, ils ne doivent pas hausser le taux de change comme ils veulent » recommande Nounou Salufa de APEF.

Pour sa part, le doyen de la faculté de l'économie de l'UCB estime que c'est important que les dépenses exécutées au niveau national soient faites à la hauteur des recettes réalisées dans le pays. « Lorsqu'on est dans une économie qui fonctionne normalement et où le niveau des dépenses est bien calibré sur le niveau des recettes, il est évident qu'il ne peut y avoir d'inflation. Les femmes qui font leurs petites activités peuvent ainsi travailler en toute quiétude sans craindre la dépréciation monétaire » conclut le professeur Christian Kamala.

De son coté, Nounou Salufa responsable d'APEF appelle les femmes petites commerçantes et vendeuses à la vigilance lors de la fixation des prix lorsque l'inflation est signalée pour qu'elles aient un bénéfice pouvant les aider à maintenir leurs activités et la survie de leurs familles.

Par Eliane POLEPOLE

Sud-Kivu : Les coutumes rétrogrades empêchent les femmes à accéder à la terre lors du partage de l'héritage.

Dans certaines coutumes de la province du sud Kivu, les femmes n'ont pas droit à l'héritage surtout à la terre. A la mort de leur père, elles sont oubliées.­« Quand j'ai perdue mon père, notre famille étant constituée uniquement des filles, les anciens du village ont fait hériter le fils de mon oncle paternel.» Témoigne Mathilde Nyahungu une femme de Kavumu lors d'une émission publique de radio Maendeleo organisée dans le cadre du projet Femme au Fone.

Lors du partage de l'héritage les femmes ne sont pas considérées. Elles héritent beaucoup plus souvent les pagnes, les ustensiles de cuisine et autre chose de moindres valeurs.

En milieu rural, très souvent les biens des valeurs sont donnés lors de l'héritage aux hommes comme par exemple les bétails ; les champs, les maisons. Pourtant ce sont ces biens là qui constituent la richesse principale de nombreuses familles. La terre constitue une richesse du fait qu'elle peut être exploitée de différente manière, elle sert pour la culture et pour la construction des maisons.

Dans le territoire de Kabare par exemple les femmes rencontrées par Femme au Fone se plaignent et disent que le fait qu'elles n'ont pas des portions de terre lors de l'héritage elles vivent dans la pauvreté. Selon elles, les titres de propriété sont souvent aux noms des maris et des enfants garçons.

Le mari décédé, la femme délaissée

Lorsque il s'agit d'une femme qui a perdu son mari ; lors du partage de bien elle est abandonnée à son triste sort surtout si elle n'avait pas mis au monde les enfants du sexe masculin. Les frères du défunt se procurent tous les biens et par conséquent la veuve et ses enfants mènent une vie misérable.

« J'ai droit aussi d'hériter les biens laissés par mon mari mais cela n'a pas été fait. Depuis qu'il est mort je n'ai plus de maison. Je vis chez mes parents avec mes enfants. Pourtant mon mari avait des champs et une maison. Les frères de mon mari ont pris tout parce que seulement ils estiment que je suis une femme » se lamente une veuve de Kavumu.

Cette femme éprouve d'énorme difficultés pour élever ses enfants car dépossédée de tous les biens familiaux par les frères de son défunt mari. Cette situation est vécue même chez les jeunes filles qui vivent encore sur leur toit familial. Au décès du père, les champs et autre bien de valeur sont donné aux hommes sous prétexte que les filles vont se marier et vont jouir des biens de leur mari. Une fois mariées, des femmes font de l'exploitation des biens comme épouse, mais n'ont aucune propriété dessus.

Un pas vers le changement

Grace aux sensibilisations des organisations de défense des droits de la femme certaines femmes ont accès à la terre. Guillain Kalibanya chef de groupement de Kavumu renseigne que souvent il y a des plaintes déposées par des femmes lorsqu'elles sont exclues d'accéder à l'héritage de la terre. « Il y'avait un sérieux problème ici à Kavumu lors du partage de l'héritage ; actuellement avec plusieurs séances des sensibilisations des certaines organisations, certaines rares familles octroient déjà aux femmes la terre lors du partage de l'héritage. Je pense qu'avec le temps ca sera généralisé ».

Guillain Kalibanya précise que des coutumes rétrogrades freinent encore dans certains villages l'accès des femmes à l'héritage de la terre. Il indique que dans certaines familles en cas de conflit, des séances de médiation sont faites pour trouver une solution.

Honorine Nankafu chef adjointe de sous village à Kavumu renseigne que souvent il y a des femmes qui viennent demander leur accompagnement afin qu'elles soient remises dans leur droit.

« Si la victime n'est pas remise dans ses droits nous faisons recourt aux différentes autorités pour faire comprendre à cette famille que la femme à aussi droit à la terre lors de l'héritage »

Les hommes et les femmes ont tous les mêmes droits

L'article 758 du code civil livre III stipule que « les enfants du cujus nés dans le mariage et ceux nés hors mariage mais affiliés de son vivant ainsi que les enfants adoptifs forment la première catégorie des héritiers de la succession. »

Selon maitre Moise Bahati avocat au barreau de Bukavu, la loi ne fait aucune distinction entre enfants garçons et filles. Elle parle uniquement d'enfants du de cujus.

Le même article à son alinéa b. explique que le conjoint survivant fait partie de la deuxième catégorie. Ici aussi, aucune distinction entre conjoint femme et conjoint homme.

« Aucune discrimination ne devrait être faite en matière d'héritage que ce soit pour les enfants filles et garçons ou encore de la femme qui vient à être laissé par son époux » conclut maitre Moise Bahati.

Notre source appelle les personnes qui estiment être injustement écartés dans la succession à saisir les instances judiciaires afin qu'elles soient rétablies dans leurs droits. A l'Etat, il recommande de vulgariser les textes de lois qui protègent les droits des femmes en matière de succession, afin que tout le monde en prenne connaissance car, estime Me Moise, on ne peut pas revendiquer un droit que l'on ignore.

Mapendo Linda

Bukavu : Le choc entre la sécurité économique et physique des femmes vendeuses le long des artères de la ville.

Au Sud Kivu, depuis plusieurs décennies, la situation socioéconomique des populations, ne fait que se dégrader de plus en plus. Les différentes guerres qu'a connue cette province et les différentes poches d'insécurité qui persistent dans certains territoires n'ont fait que détruire les tissus économiques, et ont ramené des milieux des personnes à quitter les territoires pour venir s'amasser dans la ville de Bukavu. Un exode rural sans précèdent qui a été à l'origine de la poussée des nouveaux quartiers à Bukavu.

Aux fonctionnaires de l'état avec des salaires insuffisants et irrégulièrement perçus, s'ajoute une masse des hommes et des femmes sans travail, sans occupation. Les conditions de vie des familles ne font que se détériorer de manière que le choix le plus facile est de réunir des petits fonds pour une activité génératrice de revenus. Elles vont être des milliers des femmes qui vont se livrer à des petits commerces.

Le boum des femmes petites commerçantes

Bukavu comprend trois grands marchés repartis dans ces trois communes.

Il s'agit du marché central de Kadutu situé dans la commune portant le même nom, du marché de Nyawera dans la commune d'Ibanda et du marché central de Bagira. A ces grands marchés s'ajoutent d'autres petits marchés, le marché dit beach Muhanzi, le marché Feu rouge, marché de Nguba, marché Bashomere. Malgré la croissance de la demande des étalages, les structures de ces bâtiments sont restées les mêmes. La majorité de ces marchés construits depuis des décennies, ont gardé leurs capacités d'accueil et paraissent insuffisant par rapport au grand nombre élevé des personnes exerçants les activités commerciales.

Les groupes demandeurs des places d'étalage, constitués en majorité des femmes n'ont pas d'autres choix que soit des déambuler le long des artères de la route toute la journée, soit d'exercer leurs activités autour de ces marchés cités ci haut, ou soit encore, exercés directement sur les artères et voies publiques.

Le seul exemple de la commune d'Ibanda, devant les bureaux de la Société Internationale d'Electricité des pays des Grands Lacs SINELAC en sigle, sur avenue Vamaro, aux alentours des bureaux de la 33ème Région militaire sur avenue Kasongo, derrière le marché de Nyawera, sur la route allant vers le camp militaire dit camp SAIO, pour ne citer que ces endroits.

A ces endroits, les femmes étalent leurs marchandises à la recherche du pain quotidien et la survie de leurs familles, d'où la présence des marchés dits pirate.

Parmi les articles vendus par ces femmes, des tomates, légumes, poissons, farines, oignons, viandes et autres.

Ce sont des marchés non reconnu par les autorités urbaines et comportant pour la plupart des femmes aux petits capitaux, des vendeuses occasionnelles ou n'ayant pas assez de moyen pour se payer une table dans le marché officiel.

Je suis vendeuse des tomates et j'ai un capital de 5000FC, alors que la table coute cinq dollars américains, je passe la journée à tourner devant le marché de Nyawera et voir si je vais vendre quelques choses, que faire?

D'autres justifient cela par l'étroitesse des marchés, cas du marché de Nyawera, renseignent certaines femmes rencontrés à ce marché.

Des difficultés des femmes vendeuses le long des artères de Bukavu

Ces femmes subissent des tracasseries policières à ces marchés. Elles sont soumises à des taxes sans quittance et sont victimes de l'insécurité perpétrée par les enfants de rue.

Parmi les difficultés, les femmes se voient ravir par force leurs marchandises et pourchassées par les éléments de l'ordre, comme l'indique cette femme rencontrée à Nyawera.

"J'avais un bassin des poissons, d'un coup les policiers arrivent, les ravi et partent avec. Parfois ils se partagent nos marchandises ou nous les remettent après avoir payé une somme d'argent".

Ils utilisent la force, jusqu'à déchirer nos habits et nous tabassent, renseigne une femme de Panzi qui a envoyé son message dans le système femme au fone.

Pour la coordonnatrice de RFDP, Vénantie Bisimwa, cette situation perdure car elle ne touche pas les autorités. Plusieurs fois différentes organisations féminines constituées en commission se sont mises ensemble pour montrer aux autorités concernées, des difficultés auxquelles font face ces femmes afin de prendre des mesures adéquates, mais aucune solution pratique n'est apportée, la situation reste comme telle.

De son coté, Maitre Jean de Dieu MULIKUZA pense que les autorités compétentes devraient prendre des dispositions pratiques aux regards des dispositions de l'ordonnance loi N079/021 du 02 Aout 1979 portant règlementation du petit commerce à son article 2 qui autorise le commerce de toutes denrées, marchandises ou objets de consommation courante soit au domicile même du vendeur, soit de porte en porte ou de place en place, soit encore sur la voie publique ou sur les marchés publics .

Cette loi qui reste en application, a remplacé le décret-loi du 2 avril 1957 relatif au commerce ambulant ainsi que d'autres dispositions contraires à cette Ordonnance-loi ont été abrogés.

Les propos du Maitre Jean de Dieu sont réfutés par un membre du bureau d'étude à la mairie de Bukavu, Jerry Blaise RUDEGEMBIA. Pour lui, la mairie à travers son service chargé de l'assainissement de la ville se doit de chasser les femmes sur les voies publiques pour des raisons de salubrité de la ville, également pour garantir la sécurité de ces vendeuses qui courent des risques des accidents.

Elargir les marchés existants et créer d'autres dans les quartiers à forte compacité des populations

Au regard de la situation d'extrême pauvreté que vivent les familles congolaises en général en particulier celles sud Kivutienne aujourd'hui, il n'est plus à démontrer l'impact de ces activités que mènent ces milieux des femmes pour répondre aux besoins élémentaires de leurs familles. Ces femmes sont devenues les socles économiques sur lesquels repose la survie de leurs familles.

De ce fait, face à cette situation qu'elles vivent au quotidien, accrochage permanente avec les éléments de la police, risque imminent des accidents des circulations routières, les intempéries, les poussières, les vols ; les autorités urbaines se doivent de trouver des solutions palliatives au lieu de traquer ces femmes le long des journées, et surtout que nombreuses confirment qu'elles sont appelés de payer des taxes d'étalage, malgré les débandades dans lesquelles elles sont soumises à longueur des journées.

Madame Vénantie BISIMWA et le président du comité syndical du marché de Nyawera, Fabien BINJA recommandent que les constructions des différents marchés de la ville et des différents territoires soient revisités et que d'autres capables d'accueillir un grand nombre des vendeurs soient érigés.

Selon l'autorité urbaine, pour les cas du marché de Nyawera, un projet de réhabilitation financé par la banque Mondiale à hauteur de 80 000 000 de dollars avec une capacité suffisante d'accueil est en cours.

Isabelle Riba Kazingufu

[1] Bralima : anciennement connue sous le nom de « Brasserie de Léopoldville » ou « Brasserie Léo », est une entreprise brassicole établie à Kinshasa, en République démocratique du Congo et qui a un siège à Bukavu dans la province du Sud Kivu. Elle produit de la bière et du Fanta