Actualité/blog - Nord Kivu : Dans le territoire de Masisi, l’insécurité physique persiste

Nord Kivu : Dans le territoire de Masisi, l’insécurité physique persiste

Les femmes de Kitchanga haussent la voix

28 octobre 2014 09:59

Depuis fin octobre 2013, les forces armées de la République Démocratique du Congo, FARDC, appuyées par la brigade d'intervention des nations unies ont mis fin à la rébellion du mouvement du 23 mars, M23, qui a occupé pendant plus d'une année certaines localités des territoires du Nord Kivu.

Cependant à Kitchanga, une localité du territoire de Masisi qui a également connu cette guerre, le calme est loin d'être vécu par la population du milieu.

Des groupes armés et des hommes en uniforme de police continuent à semer terreur et désolation dans la population. Meurtre, viol, vol, cambriolage, bruler les maisons d'habitation et incursions armées sont des cas enregistrés du jour au lendemain dans cette partie de l'Est de la RDC.

Du 20 au 21 octobre, les femmes venues des territoires du Nord Kivu dont deux administratrices et une maire adjointe, celles de Goma appartenant à différentes associations qui militent pour le bien être de la femme ont fait un tête-à-tête avec l'armée et la police pour parler sécurité dans la salle des réunions de la maison de la femme à Goma.

Les femmes de Kitchanga profitant de cette occasion pour s'exprimer, elles n'ont pas manqué de cracher les maux qui les rongent concernant leur sécurité.

« Chez nous, à dix huit heures tout le monde est dans sa maison et on ferme hermétiquement les portes pour éviter les incursions des bandits » dit tout haut une femme de Kitchanga en dorlotant son bébé au dos.

Majoritairement agricultrices et éleveuses, ces femmes dont les visages expriment la volonté de voir le changement de leur milieu, disent craindre pour leur sécurité quand elles vont aux champs, ces derniers se trouvant aussi loin des maisons d'habitation même à plus de 12 kilomètres.

« Ces sont nous les femmes qui faisions l'agriculture, mais pour le moment nous avons peur d'aller aux champs, parce que là les femmes sont violées et tuées alors qu'elles n'appartiennent à aucun groupe armé. Bien avant on y allait avec nos maris mais vu qu'ils sont traqué et emportés dans la brousse, ils refusent de nous accompagner aux champs c'est qui est normale. Maintenant dites nous comment nous allons vivre après tout ce qui se passe dans Kitchanga ? » Demande cette femme en fixant droit le regard du colonel de la 34ème région militaire des FARDC présent au débat.

Plus des policiers, plus de peur et des tueries

Contrairement à d'autres coin des territoires du Nord Kivu où l'on signale la faible présence de la police nationale congolaise, à Kitchanga par contre, la population estime qu'il y en a trop à tel point que les gens en tenue policière sont visibles presque partout.

Cette même population reste convaincue que c'est parmi ces mêmes personnes en tenue que se cacherait les visages des bandits qui tuent des paisibles citoyens dans leur milieu. Apres la guerre du M23, le gouvernement a doté la localité de Kitchanga de la police nationale pour sécuriser la population et remettre de l'ordre dans le milieu ravagé par toute sorte de violations des droits de l'homme entre autre des tueries, des viols, des pillages et des enlèvements massifs de la population.

Cette unité de police basée à Kitchanga s'appelle groupe mobile d'intervention, GMI en sigles, renseignent les femmes venues du milieu. « Nous avons vu cette police débarquer chez nous, mais au lieu que la paix revienne la situation s'empire davantage » rétorque la femme avec l'enfant au dos.

« Les gens qui nous tracassent la nuit, qui cambriolent nos maisons sont les mêmes que nous voyons la journée dans cette police. Les tenues de la police sont éparpillées, tout le monde vole avec la casquette de la police. Des gens qui ont déserté dans la police pour se retrouver dans des groupes armés, lorsqu'ils réintègrent la police, ils se retrouvent encore dans le milieu alors qu'ils ont des litiges et des conflits avec la population » ajoute cette femme toute aigrie.

Une situation qui semble convaincre la colonelle de la police nationale à Goma, Marie BAGALET, présente dans le débat. Elle reconnait que le commissariat provincial de la police nationale est au courant de la situation et qu'il y aurait même des policiers qui exercent à Kitchanga mais qui ne sont pas connus par la police, donc des policiers fictifs.

« Récemment nous avons eu rapport de la mort de deux policiers sur Kitchanga qui ont été tués par balle pendant qu'il y avait un cas de vol signalé sur le lieu. Mais au bureau dans notre base des données nous n'avons pas pu trouver les identités de ces soit disant policiers, c'est ainsi que leurs corps ont fait plus d'une semaine à la morgue en attente de leurs familiers, c'était donc des policiers fictifs » indique la colonelle Marie BAGALET tapant sur la table avec consistance et regret.

Et pourquoi ne pas changer cette police et l'envoyer ailleurs dans d'autres provinces ou faire l'identification de la police à Kitchanga ? Chuchotent au même moment les femmes qui participent au débat dans la salle des réunions de la maison de la femme à Goma.

Pour les FARDC basées à Kitchanga, même inquiétude pour la population

La présence des militaires des forces armées de la RDC (FARDC) basées dans cette partie du Nord Kivu ne rassure pas également la population. Elle prétend que pour restaurer une paix durable dans Kitchanga il faudra que le gouvernement pense à muter les militaires qui sont dans leur milieu vers d'autres territoires à part le leur.

Pourquoi ? C'est la question que tout le monde se pose dans la salle. La réponse est très simple pour les femmes de Kitchanga qui ne cessent de parler de la situation sécuritaire de leur localité au cours de ce débat. Pour elles, les mouvements des rebellions comme le Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD), le Congrès National pour le Défense du Peuple(CNDP) d'où est né le M23 ont laissé une histoire dans la province du Nord Kivu et Masisi fait partie des territoires qui en avaient subit les conséquences de ces guerres.

Ces femmes affirment qu'elles ont vu les jeunes s'enrôler volontairement dans ces mouvements, leurs fils enlevés et enrôlés dans ces groupes armés, des soldats du milieu qui désertent dans l'armée loyale et se solidarisent avec ces rebellions.

Heureusement ou malheureusement pour cette population, les membres des ces groupes armés après avoir réintégrer les FARDC, ils ont été renvoyés dans les mêmes milieux pour exercer leur travail, précisent nos sources.

« Nous les voyons circuler, les mêmes qui étaient dans des mouvements comme le M23 et le RCD, alors nous nous demandons si vraiment l'Etat pensent à tout ce qu'on a subit comme guerre ici et nous envoyer les mêmes militaires pour nous sécuriser » s'étonne cette femme, allaitant son bébé et faisant les gestes avec son bras droit.

Le Révérend Kubuta, colonel la 34ème région militaire présent au débat, ne trouvant pas les mots pour apaiser l'inquiétude de cette femme rassure juste que les FARDC appuyées par la MONUSCO sont déterminées à poursuivre tous les groupes armés au Nord Kivu et y restaurer l'autorité de l'Etat. Il appelle également les femmes de Kitchanga à dénoncer tout cas suspect qui insécuriserait leur milieu.

« Vous dites que l'armée n'est pas tribale, c'est vrai. Mais si on changeait ces militaires pour nous amener d'autres, cela peut nous rassurer » termine cette femme sans pour autant être satisfaite de la réponse du colonel.

Rédaction, Femme au Fone/Bukavu